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le juste

Joseph Storck parmi les Justes

L'ancien maire de Guebwiller sera honoré pour avoir sauvé des enfants juifs de la déportation alors qu'il était proviseur de lycée à Limoges.

Dimanche matin lors d'une cérémonie qui se déroulera à la synagogue de la Paix de Strasbourg, Joseph Storck sera décoré de la médaille des Justes parmi les Nations et rejoindra ainsi les quelque 1800 Justes reconnus en France et les 17 000 Justes d'Europe. Cette décoration intervenant à titre posthume - Joseph Storck est décédé en janvier 1989 à Biarritz et a été inhumé à Guebwiller où il était né le 16 août 1897 -, médaille et diplôme seront remis à son fils, Daniel Storck, actuellement chef de service aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg.

LES FAITS

Les faits qui valent à Joseph Storck cette reconnaissance, remontent à la guerre. A cette époque il était proviseur de lycée à Limoges. Il a protégé des enfants juifs, élèves de son établissement et leur a évité la déportation.« Il a par exemple sauvé de jeunes pensionnaires en leur attribuant de fausses identités, afin qu'ils ne puissent pas être repérés sur les listes par la milice. Il avait également une imprimerie clandestine » explique Louis Grobart, le président du comité français pour les Justes qui sera demain à Strasbourg. Parmi ces enfants sauvés figure notamment le professeur Lazare Landau, devenu depuis l'une des figures du judaïsme strasbourgeois, particulièrement actif dans les relations avec les Eglises chrétiennes et catholique en particulier. « J'avais 12-13 ans à l'époque, se souvient le professeur Landau. Joseph Storck, qui avait même proposé de m'intégrer dans sa famille pour me protéger, ce que mes parents ont refusé, m'a caché dans un réduit le jour où la milice me recherchait.» Après la guerre, Joseph Storck a été nommé inspecteur d'académie en Alsace, puis après sa retraite, a été élu maire de Guebwiller en 1971, un mandat qu'il a exercé pendant deux ans seulement, à cause d'une santé déficiente. Il était officier de la Légion d'honneur, commandeur des palmes académiques, s'était vu décerner la médaille de la Résistance et avait été déclaré citoyen d'honneur de la Ville de Limoges.

MÉMOIRE

Comme le souligne Louis Grobart, Joseph Storck « a fait preuve d'une grande valeur morale et a risqué sa vie». Des éléments essentiels pour l'attribution du titre de Juste, qui ne se fait pas à la légère. « La démarche est longue et minutieuse, souligne le président du comité national.Dans un premier temps, la famille juive qui fait la demande de décoration d'un non-juif, doit monter un dossier comprenant au moins deux témoignages de personnes juives ayant été sauvées par lui et qui avaient plus de six ans au moment des faits ». Dans le cas présent, outre le témoignage de Lazare Landau, le dossier du professeur Storck comporte ceux de Roger Falck et d'Arnaud Weil, ainsi que les propos recueillis par Daniel Storck auprès de son père. Ce dossier est ensuite envoyé à Jérusalem où la commission des juges pour Yad Vashem est chargée de déterminer s'il est recevable. Le cas échéant, le dossier est renvoyé au comité français. Une cérémonie officielle est alors organisée. « Il nous semble important d'honorer ces hommes et ces femmesqui furent des héros de la Résistance civile et ont sauvé l'honneur de la France au même titre que ceux qui ont pris les armes. Mais cette démarche nous permet aussi d'enrichir la mémoire du peuple juif tout entier en rassemblant les témoignages des familles juives ainsi que des documents qui viennent compléter nos archives » conclut Louis Grobart.

La cérémonie aura lieu à 11 h dimanche matin. Entrée sur invitation uniquement. A 20 h 30, ce même jour à la synagogue, une conférence publique sera donnée sur le thème des Justes.

Joseph Storck sera décoré demain matin à titre posthume de la médaille des Justes.

(Photo d'archives - « L'ALSACE»)

Frédérique WILD