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La médaille des Justes à Joseph Storck


La médaille des Justes, délivrée par l'État d'Israël, va être accordée à titre posthume à l'ancien maire de Guebwiller.


 La 6 juin prochain, à la synagogue de la Paix à Strasbourg, sera remise au Pr Daniel Storck, chef de service de médecine interne aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), la médaille des Justes que l'État d'Israël a décidé d'attribuer à son père Joseph décédé il y a dix ans.

 Joseph Stork était proviseur de lycée à Limoges durant la guerre. A cette occasion, il a notamment protégé un élève juif, en proposant de le faire vivre dans sa propre famille, ce que les parents du garçon n'ont pas souhaité, puis en le dissimulant lors du passage de miliciens. Ce lycéen est devenu le Pr Lazare Landau, figure connue depuis à Strasbourg et spécialiste des relations judéo-chrétiennes.

 

Sur les hauteurs de Jérusalem

 C'est lui qui a poursuivi la procédure longue et sélective qui aboutit à la distinction de « Juste », attribuée selon des critères très stricts aux non-juifs qui ont, pendant la guerre, contribué à sauver des juifs. Les noms des « Justes » sont inscrits au mémorial Yad VaShem, lieu de mémoire de la Shoah (l'extermination de plus de 6 millions de juifs par le régime nazi), bâtiment élevé sur l'une des collines de l'ouest de Jérusalem.

 Joseph Storck est né à Guebwiller le 16 août 1897 et y a fait ses études, ainsi qu'à Colmar. Mobilisé en 1914-18, il a été instituteur puis professeur en Alsace, mais aussi à Belfort et Vesoul, puis proviseur à Limoge. Revenu en Alsace à la Libération, il y a été nommé inspecteur d'académie. Il a pris sa retraite en 1965. Il a été élu maire de Guebwiller en 1971 et avait démissionné de ce mandat deux ans plus tard pour raisons de santé. Il est décédé à 91 ans en janvier 1989 à Biarritz. Officier dans l'ordre de la Légion d'honneur, commandeur des palmes académiques, titulaire de la médaille de la Résistance et citoyen d'honneur de la ville de Limoges, il a été inhumé à Guebwiller.

 

Onze Justes alsaciens

 Le titre de « Juste parmi les Nations » n'est pas attribué à la légère. Onze personnes ont été jusqu'ici citées en Alsace. Mgr Pierre Bockel, archiprêtre de la cathédrale (1914-1995), Nicolas Dupont (Gambsheim), aujourd'hui décédé, et son fils Jean, Paul et Geneviève Gruffat (Benfeld), tous deux décédés, Eugénie Mettenet (Le Hohwald), Auguste et Suzanne Steinmetz (Strasbourg), Albert et Mélanie Strebler (Kintzheim), tous deux décédés, et André Traband, ancien maire de Haguenau, conseiller général et régional et brièvement sénateur (1920-1992).

 On peut y ajouter Élie Bree, pasteur protestant en retraite à Lasalle (Gard), qui avait étudié la théologie à Strasbourg avant-guerre avant de cacher des juifs dans son presbytère des Cévennes. Adélaïde Hautval (1906-1988), médecin psychiatre née au Hohwald, elle-même déportée et qui avait pris la défense de juifs dans les camps et refusé de participer à des « expériences » scientifiques à leurs dépens, avait décliné cet hommage en 1965.


Jacques Fortier

© Dernières Nouvelles D'Alsace, Dimanche 21 Février 1999.